“C’est ici où nous vivons” by Emeric de Montauzon
2011-04-28 14:01:32 , Tuesday

J’ai rencontré Min Ho un peu par hasard en visitant l’hiver dernier son atelier, sous une arche du RER à Issy les Moulineaux.

Min Ho est peintre. Elle peint des grands visages énigmatiques, dépourvus de regard, et dominés par la texture et le reflet des joues, des pommettes et du nez. C’est tout à la fois très fort, très intrigant et efficacement beau.

Son atelier est aussi rempli de photos, « documentaires » comme elle dit : corps et visages issus de pages de magazines découpées, mangas, portraits d’amis de passage, de voisins ou de collègues et… paysages urbains. Un rapide coup d’œil parmi ces derniers et je reconnais Issy les Moulineaux et Paris, les quais de la Seine, le RER, l’immeuble France Télévision et le parvis dominant la gare Boulevard Victor.

Ces photos m’intriguent. Elles décrivent un paysage urbain que je me dois de connaître : il s’agit pour grande part, de secteurs d’opérations d’aménagement de la SEMEA 15, présentes ou passées. Min Ho fixe cependant ces espaces d’une façon qu’il ne me serait pas venu à l’esprit de faire. Nous autres « aménageurs » découpons l’espace, définissons des aires, des zones ou des îlots, chacun déterminés par des fonctions très précises. Nous réfléchissons en plans plus qu’en volume. Nous sommes assez rétifs à l’accumulation et anticipons avec difficulté les pratiques du temps. Min Ho met en valeur nos faiblesses : elle montre ce que peuvent donner ces espaces une fois en communication avec les éléments qui les dominent sans peine, le ciel, le fleuve, la route ou le chemin de fer. Elle replace l’échelle humaine au cœur de la composition urbaine. Elle appuie là où où ça fait mal : sur ces transparences qui ne sont que reflets, sur au contraire, ces vitres qui montrent ce qu’elles ne devraient pas montrer, sur ces escaliers et ces espaces souterrains qui semblent mener nulle part.

Nous réfléchissons depuis maintenant deux ans, au sein de la SEMEA 15, sur la manière de rénover l’ouvrage dalle Beaugrenelle, de mettre en valeur la générosité de ses espaces et son rapport au site,  de remédier à la dégradation de certains de ses composantes, de revoir ses cheminements, de formaliser des ambiances, ici plutôt végétales et protectrices, là plutôt minérales et ouvertes…

J’ai toujours pensé que le regard d’un tiers, ni expert ni décideur mais seulement passionné et sensible, pouvait nous apporter beaucoup.

J’ai donc tout naturellement demandé à Min Ho de fixer Beaugrenelle en une bonne dizaine de photographies.  Le résultat en étonnera plus d’un.  
Loin d’un travail à plat sur les pratiques de l’ouvrage dalle, d’un procès à charge ou d’une pure recherche plastique déconnectée du réel, Min Ho nous montre l’ouvrage tel qu’elle le voit : la puissance spatiale de la dalle piétonne, la présence du ciel et celle – lointaine et cachée – du fleuve, le jeu des matières, des transparences et des reflets, l’énormité de l’échelle, l’anonymat des cheminements, le caractère globalement inachevé et inégal de la composition, la dégradation parfois accentuée des ouvrages et des revêtements.

A nous tous maintenant de tirer collectivement les conclusions de ce travail.

Eymeric de MONTAUZON

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